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Extraits choisis

  « François Aubrun, distant aussi bien des peintres de traditions postcubistes (issus de Mondrian ou du Bauhaus) que de ceux préoccupés d’une expression lyrique ou gestuelle du corps ou de l’âme, voire de ceux qui, après Malevitch, demandent à l’œuvre d’être le témoin d’un processus conceptuel plus que sensuel à la manière de Kossuth, François Aubrun donc, échappe. Et c’est un peu en vain qu’on peut le rattacher pour ses œuvres de jeunesse aux écoles expressionnistes, dont le groupe Cobra (avec Asger Jorn, Karel Appel, Alechinsky et Corneille) est le prototype, ainsi qu’aux écoles américaines tournées vers la gestualité ou le pop art. Reste que François Aubrun ne récuserait pas des paternités multiples quand les références se nomment Bissière, Vieira da Silva, Nicolas de Staël... avant que ces artistes ne réintroduisent la figuration dans un processus d’abstraction picturale. Car, là encore, François Aubrun, une fois l’abstraction choisie (ce choix se fait très tôt dans sa vie), ne revient jamais en arrière. Ascèse radicale.

  Ainsi échappe-t-il à ceux-là auprès desquels on voudrait l’associer, car nul doute, ses toiles traduisent le geste du peintre si visible dans les traces d’une large brosse, dans la construction intériorisée que le regard décèle comme une composition rigoureuse des lignes, dans la sensualité des pâtes picturales épaisses et solides formant des reliefs épais, voire des sculptures. »

Denis Coutagne, “L’atelier du silence”, 2012

« On pourrait dire que la peinture d’Aubrun est réaliste, dans la mesure où elle “représente” la réalité de la transparence, du basculement des brumes à l’arrivée du ciel, par exemple. Mais ce réalisme ne représente rien d’autre que la nature, même si l’on peut voir des fenêtres dans ses tableaux. Peut-être sont-elles métaphoriques, comme lorsqu’il parle des grands formats : “Ils créent une ouverture, comme on ouvre des volets.” Fenêtre ou pas fenêtre, il ne montre que la réalité cachée de la nature, l’indicible, et c’est pourquoi son naturalisme n’est pas exactement figuratif.

  Peintre naturaliste, il appartient à une tradition. Il peut se revendiquer de William Turner, de Claude Lorrain, et puis de la plupart des impressionnistes. Il a une passion pour Ingres — pour son absence de bavardage, qu’il remarque également chez Manet. Mais d’abord, il croit en la peinture. Contemporain de toutes les destructions de la peinture dite traditionnelle par l’art contemporain, il ne cède pas aux tentations de celui-ci. Il ne fait ni vidéo, ni installation, ni détournement, ni citation : il peint. Il ne fait que peindre et, peignant sans discontinuer soixante ans durant, il honore sa vocation. »

Frédéric Pajak, “Un peintre, un homme”, 2012

« Voici venir la fin, il est temps de comprendre. L’aveuglement s’efface, l’espace du tableau vibre et nous pouvons le voir, la lumière se révèle enfin à nos yeux, cet obscurcissement n’en est pas un, il est un révélateur pour nous pauvres sceptiques qui ne savons pas voir irradier la lumière dans ce trop-plein de blanc, le noir nous la révèle, les masses apparaissent, se dévoilent, se montrent au grand jour, les infinis se frôlent, ne cessent de se toucher, de se confondre. Le noir comme un révélateur sur une écriture invisible, enfin nous pouvons saisir ce premier jour du monde où l’univers se sépare et se rejoint dans un même mouvement, où le ciel et la terre ne cessent d’exister dans le même tableau, ce jour enfin où la peinture déchire la nuit. François Aubrun, un peintre de l’absolue peinture. ”

Nicolas Raboud, “L’absolue peinture”, février 2009

« Qu’est-ce qui conduit un peintre - François Aubrun n’est ni le premier ni le seul sur ce chemin ascétique, même s’il est affranchi de toute école - qu’est-ce qui peut conduire un peintre avec rigueur et comme obstination vers l’exténuation non seulement du motif mais ici de la couleur et du geste ? Pourquoi cet effacement chez un homme que le visible a toujours aimanté et qui vit ni dans le concept ni, encore moins, dans l’a priori théorique ?

  Il y a d’abord, une invitation à respirer au rythme très lent de ces toiles et donc à nous déprendre de notre inattention pour entrer dans un temps qui soit celui de la contemplation silencieuse, de l’intériorité vide d’images. Ou plutôt à entrer dans le temps - lui qui noue infiniment le même à l’autre. Et il est bon, je crois, que ces toiles soient en ces jours au ras des eaux de Saône, ces eaux dont le rythme sans cesse efface et reconstitue. »

Pascal Riou, août 2001

« D’exposition en exposition, les toiles de François Aubrun progressent comme inexorablement vers le monochrome. Faut-il voir dans sa nouvelle prédilection pour la tonalité grise un penchant vers la gravité, voire la mélancolie ? Cette abstraction de plus en plus rigoureuse ne témoigne pas d’un relâchement du dialogue avec la nature. Dans son atelier du Tholonet comme dans la baie de Somme, François Aubrun cherche à capter la lumière et l’ombre, les vibrations et le souffle de l’espace, le mouvement et l’immobilité.

  Obéissant à une nécessité intérieure qui paraît l’étonner lui-même, il nous montre avec une ingénuité provocatrice ses trames toujours plus serrées, ses couches de coloris toujours plus denses. Chacune de ses toiles entraîne son spectateur dans une recherche, dans une attente, dans une interrogation.

  Peu à peu, l’œil s’exerce à discerner dans la profondeur de ses toiles une forme qui s’anime, un évènement qui s’annonce, un nouveau jour qui commence (ou bien la nuit qui tombe en effaçant tout). Ces évènements furtifs, disparitions, apparitions, ces toiles vides et pleines, composent un monde que l’on ne peut confondre avec aucun autre. »

Jacques Le Rider, mars 2001

« Le travail de Aubrun consiste à fixer sur diverses surfaces ce qui ne se fixe pas, ne se capture pas, ce qui se dérobe sans cesse, insaisissable : la lumière, sa vie palpitante, ses avancées et ses retraites, ses chatoiements, ses moirures. Ceci requiert acuité, persévérance, de s’oublier, de se perdre. De revenir inlassablement, couvrant la trame, la découvrant, retouchant, relavant, recouvrant encore, s’approchant ainsi pas à pas, insatisfait, jusqu’au moment où il devient évident que livré aux regards, le fruit précieux a finalement atteint le point limite, où l’accord parfait s’établit entre les prestiges irisés de l’atelier et la sensibilité de l’artiste. »

Georges Duby, été 1993

« On conçoit que François Aubrun ait besoin de grands formats. Les petites toiles font bien leur office quand il s’agit de découper dans le monde des objets, de se prendre à leurs formes, à leur aplomb, de travailler notre rapport perspectif au monde, de le proposer à notre pensée et à notre activité. S’il s’agit, au contraire, de rendre l’à jamais impénétrable suspens du monde, l’ambition est de le rendre sensible par les plus vastes plages que possible. Là, dans un horizon dépeuplé, rien que “l’admirable tremblement du temps”, bonheur et désespoir du peintre. »

Georges Raillard, “L’épreuve du paysage”, mai 1985

« Piet Mondrian a dit que l’homme naissait avec des yeux mais que seule une longue éducation peut lui apprendre à voir… Dans toute création l’échange est parfois long. François Aubrun qui nous projette souvent brutalement joies, angoisses, rêves, au travers de ses toiles ne se laisse pas facilement apercevoir. Ses sensibilités, sa grande pudeur, en se cachant au fond de son expression, demandent parfois à l’observateur pour se laisser apprivoiser un peu d’abandon, afin que dans sa vie cette “peau de rêve” lui soit aussi naturelle que la lumière et la nuit. »

Jacques Gandelin, février 1977

« Edgar Degas disait à la fin de sa vie : “si j’avais mieux regardé les choses, j’aurais peint en noir et blanc” »
La Sainte-Victoire depuis l’atelier d’Aubrun

Photographies Magali Koenig 2003

Aubrun assis Pinceaux, bacs Fenêtre atelier petites toiles Pinède aixoise Aubrun portrait debout Reflet de la fenêtre dans les pins Aubrun grandes toiles église Atelier François Aubrun Atelier François Aubrun Aubrun portrait